Ile-de-Sein (29)

Les ligneurs du Raz de Sein

 

(Extrait d'un article du Télégramme de Brest du 1er juin 1999)

 

Au milieu des écueils, entre la pointe du Raz et l'île de Sein, des marins-pêcheurs téméraires traquent le bar à la ligne ou à la palangre.

 

L'effet d'optique est peut-être saisissant, mais il faut bien regarder la houle... entre les lignes : André Lazard, marin-pêcheur bigouden, ne tourne pas un remake de « Titanic », version finistérienne. Planté sereinement devant la guérite blanche et bleue de son canot en bois de huit mètres, il tient de sa main droite une ligne de fond à bar tandis que sa main gauche est prête à saisir la manette des gaz. Son navire baptisé « Chevalier » est en dérive contrôlée dans le grand Raz de Sein, parmi la meute des ligneurs en pleine chasse de ce poisson noble qu'est le bar. Tranquille, mais les sens en éveil tant ces lieux de pêche très sportive ont été le théâtre d'événements de mer dramatiques. La force du courant est telle, au plus fort coefficient de marée, qu'une chute à l'eau, même pour un marin équipé d'un ciré flottant, pardonne rarement.

La pêche au bar n'est pas une science exacte. Elle requiert une assiduité, une patience et des nerfs à toute épreuve. Les ligneurs ont l'habitude de ces attentes. Ils sont une petite vingtaine de Capistes, d'Audierne ou de Plogoff, ainsi que quelques Bigoudens, Douarnenistes voire Concarnois à contrôler ce site où les places sont comptées. C'est en effet par le Raz que transitent les bars entre l'Atlantique et la Manche. Le sanctuaire est interdit aux fileyeurs.

Le bar finit par se laisser prendre. A 16 heures, en caisse de marée, arborant l'étiquette «Poisson de ligne, Pointe de Bretagne», il fait son entrée à la criée d'Audierne.